Nexus


C’était toujours la porte appelée Mort qui s’ouvrait à toute volée, et je voyais qu’il n’y avait de morts, pas plus que de juges ou de bourreaux, que dans notre imagination. Comme je m’efforçais, désespérément, de rendre gorge ! Et je rendais gorge. Je rendais tout. Un rajah qui se dépouille de tout. Nu comme un ver. Ne possédant plus qu’un ego, mais un ego enflé et boursouflé comme un crapaud hideux. Alors, l’insanité totale de tout cela me submergeait. On ne peut se débarrasser de rien ; rien n’a été ajouté ou retranché ; rien n’a augmenté ou diminué. 

Nous nous tenons sur le même rivage devant le même océan, 
la même immensité. L’océan de l’amour. Il est là… in perpetuum. Autant dans une fleur brisée, le bruit d’une cascade ou le vautour qui fond sur une charogne que dans l’artillerie tonnante du prophète. Nous avançons les yeux fermés, les oreilles bouchées ; nous nous frappons la tête contre les murs alors que des portes sont prêtes à s’ouvrir au moindre contact ; nous cherchons à tâtons des échelles, oubliant que nous avons des ailes ; nous prions comme si Dieu était sourd et aveugle, comme
s’il était perdu au fond de l’immensité des espaces. Pas étonnant si nous ne reconnaissons pas les anges quand ils passent près de nous.  Un jour, ce sera amusant de se rappeler tout ça.


Tristesse d’un petit ange


*Maintenant, il ferait bon dormir jusqu’à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans* *vent où quelques plumes d’ange virevoltent doucement, où il n’y a rien que la félicité de celui qui vit* *dans l’ignorance de soi. Mais le sommeil fuit les défunts. Lorsque nous fermons nos yeux fixes, ce sont les souvenirs qui nous sollicitent à sa place. Ils arrivent d’abord isolés, parfois d’une beauté* *argentée, mais ne tardent pas à se muer en une averse de neige étouffante et sombre