Les mémoires courtes 66


Monsieur l’automne

Souffle

Sur les voyelles

Distribue les consonnes.
Des lettres
De pluie
Des lettres
Pour les jours
De gris
Des châles soyeux
Pour la brume
Et la mélancolie.
Monsieur l’automne
Souffle aussi
Sur les voyelles
Pour la joliesse
Des après-midi.
Devient le guide
Du Palais du pourpre
Où des faunes
S’abandonnent
Dans l’orangé
Le jaune.
Monsieur l’automne
Dans son manteau
Rouge
Est un parent proche
Du givre.
Mais il tient
De l’été
Les dernières
Lumières
La piété
Des lisières.

© Patrick Chemin

Le 10 octobre 2015

(Les mémoires courtes)
© Photo Cok Friess
Le texte a été écrit
D’après l’image


Demande à la poussière


Il y aura moultes confusions,il y aura une solitude que seules mes larmes pourront consoler comme autant de petit oiseaux mouillés tombant pour soulager mes lèvres sèches. Mais il y aura aussi parfois consolation et beauté,beauté comme l’amour d’une fille disparue. Il y aura des rires,mais avec beaucoup de tenue le rire,et on attendra tranquillement dans la nuit,et on aura doucement peur de la nuit comme d’un prodigue et taquin baiser de mort. Ensuite,il fera nuit,et les huiles douces en provenance des rivages de ma naissance seront versées sur tous mes sens par les capitaines que j’ai abandonnés dans mes impétueux rêves de jeunesse. Mais il me sera pardonné quand je retournerai à la terre d’où je viens, au bord de la mer.


Fragments Verticaux


Il n’y a pas de retour. La vie a pourtant des inversions qui renversent le sens du voyage. Des fleurs qui renouvellent leur floraison comme si elles cherchaient les visages de l’origine. Des regards qui se font circulaires comme s’ils poursuivaient l’extrémité du regard d’hier. Des pensées qui altèrent leurs voeux et soudain prennent en charge l’enfance de la pensée. Des mots qui séparent leurs lettres comme s’ils souhaitaient les unir différemment. Il n’y a pas de retour, mais toute chose vit en se palpant le dos, en marchant de dos, en se rêvant le dos, et en essayant de comprendre le dos d’autrui.