Sur mon visage


J’ai l’intention d’écrire « sur mon visage » quelque chose de central et de très beau. Ce sera plus simple et plus doux qu’une main de femme, la nuit, qui suit avec grand’pitié la ligne douloureuse de la figure humaine. Et cependant ceux qui le liront s’étonneront d’une odeur de pourriture et de scandale. Pour décrire les différents visages de mon âme, il faudra que Celle qui parle de mon visage, ose imaginer les masques de mon agonie à venir, il lui faudra penser à ce hoquet sanglant qui marque enfin la délivrance et le départ de l’âme : alors seulement seront évoqués les étranges paradis perdus dont je suis l’habitant ».
(Correspondance Jacques Rivière-Alain-Fournier, 18 juin 1909).