Dans l’océan, un milliard d’autres commencements se sont produits. Rien n’en est resté sauf ceci, qui a persisté un moment, s’est reproduit et a gagné en intensité : la vie, simple fracas régional dans le chaos général.Vague cacophonie chimique de ce qui grouillait translucide parmi les couches liquides, avant d’être scindé, décomposé puis recomposé, ça a proliféré par embranchements, sans hasard ni logique d’ensemble, mais de proche en proche. Spectacle sans auteur, sans partition ni spectateur, la vie n’a été qu’un chahut de la nature terrestre.C’était remuant, et ça ne souffrait pas.Aucun instant décisif n’a coupé le temps en deux, rien n’a fait basculer le monde d’un état d’insensibilité absolue au frémissement de la toute première sensation. La douleur n’a pas surgi de l’absence de douleur, soudaine, brève et violente, à la façon dont la foudre frappe : personne n’a souffert le premier.De la mécanique du vivant a plutôt émané un bruit de fond, tel un bourdonnement, et du bourdonnement a émergé une ligne mélodique audible à elle-même : la sensibilité

Tristan Garcia -Naissance de la souffrance

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.