Frédéric D. Oberland

Un cauchemar est ma vérité, ma nudité. La trame logique qu’on y introduit me fait rire. Je m’ensevelis volontiers dans les draps de brume d’U ne réalité indécise, au sein de ce nouveau monde auquel j’appartiens. Ce qu’un brouillard aussi sale a d’intolérable (à crier) …Je demeure seul, noyé par une marée montante : hilarité aussi douce, aussi amie d’elle-même que le mouvement de la mer. Je me couche dans l’immense lumière de ma nuit, dans mon ivresse froide, dans mon angoisse ; je supporte à la condition de tout savoir vain. Personne ne prend la guerre aussi follement : je suis seul à le pouvoir ; d’autres n’aiment pas la vie avec une ivresse assez suppliciante, ne peuvent se reconnaître dans les ténèbres d’un mauvais rêve. Ils ignorent les chemins de somnambule qui vont d’un rire heureux à l’excitation sans issue. Je ne parlerai pas de guerre, mais d’expérience mystique. Je ne suis pas indifférent à la guerre. Je donnerais volontiers mon sang, mes fatigues, qui plus est, ces moments de sauvagerie auxquels nous accédons au voisinage de la mort … Mais comment oublierais-je un instant mon ignorance et que je suis perdu dans un couloir de cave ? Ce monde, une planète et le ciel étoilé ne sont pour moi qu’une tombe (où je ne sais si j’étouffe, si je pleure ou si je me change en une sorte d’inintelligible soleil) . Une guerre ne peut éclairer une nuit si parfaite. je comprends le moins mal ce que je suis. Une sorte d’obscurité hallucinante me fait lentement perdre la tête, me communique une torsion de tout l’être tendu vers l’impossible. Vers on ne sait quelle explosion chaude, fleurie, mortelle … par où j’échappe à l’illusion de rapports solides entre le monde et moi.[……]

Il est dans le visage humain une complication infinie de détours et d’échappatoires, répondant au trafic d’esprit sur quoi tout repose. On n’imagine plus de réduire la vie à la simplicité du soleil. Chacun de nous toutefois, porte en lui cette simplicité : il l’oublie pour des complications de hasard, dépendant de l’angoisse avare du moi.

Georges Bataille, Oeuvres Complètes Volume 5

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