tumblr_56457dd77210408d78e2b47f6c82e84b_03b434b9_540

 

Les Idylles de Messine sont sept légers poèmes lyriques datés de 1882 et qui n’ont pas subi l’influence de Heine. Les sonorités sont typiques de Nietzsche : l’insomniaque qui brûle de dormir, l’enchantement des oiseaux en plein vol, les étoiles de la Méditerranée. Une grande polémique fait surface : « Raison ? vilaine affaire », très inférieure au « chant, au rire et aux trilles » des Lieder. Nietzsche se moque de sa vocation poétique : « Toi, poète ? Tu as la tête dérangée » ! Mais le pivert dont les coups répétés ont déclenché la métrique de Nietzsche ne sera pas rembarré : « Oui, mein Herr, vous êtes un poète ! » Trois ans plus tard, l’oiseau devait avoir magnifiquement raison.

Le « Nachtwandler-Lied », le chant et le nocturne du vagabond de nuit, est à la fois l’apogée et le finale d’Ainsi parlait Zarathoustra. Il est très clairement fait pour être chanté :

 

ô homme, prends garde !

Que dit la profonde mi-nuit ?

« Je dormais, je dormais —

De mon profond rêve je me suis éveillé —

Profond est le monde,

Et plus profond que ne l’a pensé le jour.

Profonde est sa peine —

Le plaisir — plus profond encore que la souffrance du cœur.

Ainsi parle la peine : Disparais !

Mais tout plaisir veut éternité —

veut profonde, profonde éternité ! »

(trad. Maurice de Gandillac)

 

Ces onze vers sont saturés de la profondeur et de la ténèbre du milieu de la nuit, de la pénombre entre sommeil et éveil. Philosophique ou poétique, la profondeur est elle-même un mode vivant de la ténèbre. Ce n’est pas en plein jour — et Nietzsche a été le ministre de l’auroral et du grand midi — que le monde révèle sa profondeur. Une profondeur de souffrance (Weh), de plaisir ou de désir (la traduction rend mal Lust, qui correspond à Conatus au sens de Spinoza, à ce qu’il entre de libidinal dans la conscience et l’âme humaine). Nulle souffrance de nos cœurs (Herzeleid) n’est aussi profonde que ces élans ou appétits premiers et contradictoires. Peine et chagrin commandent le transitoire. Mais Lust veut l’éternité, la « profonde, profonde éternité ». Car telle est la force de vie par-delà bien et mal.

 

 

 

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.