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Tout en songeant à cela, je pouvais presque entendre ce que disaient les débatteurs
à la télévision. C’est que la porte de la chambre était restée entrebâillée. Maman
avait-elle l’intention de nous surveiller toute la nuit ou avait-elle simplement oublié de la refermer ? Quoi qu’il en fût, la veilleuse de ma petite enfance luisait dans le couloir. Tiens, me dis-je, pourquoi les parents ont-ils allumé la veilleuse ? Il
y avait au moins quatre ou cinq ans qu’on ne l’allumait plus. Je n’étais plus un bébé, je n’avais plus peur du noir. De plus, Louis était là ! Pourtant, je voyais bien l’auréole rousse, là-bas, dans la nuit du couloir, déployée autour de la petite ampoule comme l’œil ouvert d’un hibou. Je n’arrivais pas à en détourner les yeux. Ce hibou va m’empêcher de dormir, me dis-je. Je résolus de fixer cet œil jusqu’à ce qu’il se ferme. Un garçon de dix ans croit dur comme fer à ce genre de choses : Si je regarde cette veilleuse assez longtemps sans cligner des yeux, elle s’éteindra d’elle-même ; pure affaire de volonté. Le hibou fermera son œil.

Tu paries ?

Je ne sais combien de temps dura ce duel entre la veilleuse et moi. Tout devenait
très noir autour de cette lueur dorée. Il n’y avait plus au monde que l’œil de ce hibou, qui me défiait dans
la nuit :
— Regarde-moi ! Allez, regarde-moi !
Le hibou et moi.
Volonté contre volonté.
Finalement, j’ai gagné.
« Pof ! » a fait la veilleuse.
Je connaissais ce bruit. « Pof ! » Victoire ! L’ampoule a explosé ! Je l’ai fixée
si intensément qu’elle a explosé ! « Pof ! » Suivi d’une petite pluie de verre sur
le lino du couloir.
Je me suis tourné en souriant contre le mur pour m’endormir.
Mais je ne me suis pas endormi.
Du fond du couloir, le hibou continuait de me provoquer :

— Regarde-moi, regarde mon œil crevé si tu en as le courage !

Et je ne l’avais pas. Une peur montée de ma plus petite enfance m’interdisait de relever ce défi. Je m’efforçai de fixer le plafond, pourtant invisible dans la nuit. La peur me maintint un long moment dans cette position ; puis, la honte l’emportant

–, je fis de nouveau face au hibou.

Éruption de terreur. Là-bas, dans le couloir, un liquide jaune coulait de l’ampoule
éventrée. Il coulait sans bruit et se répandait sur le sol.

 

….Federico Fellini
était-il certain de vouloir ressusciter ? Supporterait-il cette épreuve ? Ce n’était
pas de la tarte, une résurrection ! Le retour à la lumière du jour, oui, aux parfums
de la vie, soit, aux artichauts à la romaine et aux polpette di bollito évidemment 
tout cela était très tentant, retrouver la faculté de rêver et les palpitations de
la création, certes, mais le confort moelleux de l’éternité tout de même, l’exquise
sensation de planer main dans la main avec Giulietta dans l’espace et le temps, la
si reposante absence de suspens… Quel dilemme ! 

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