Un frisson.
D’abord un frisson.
Insistant, le frisson pèse, file, s’étend, lézarde, se multiplie, devenant deux, quinze,
cinquante frissons qui conquièrent la peau, réveillent les sens. L’homme ouvre les paupières.
La nuit… Le silence… La fraîcheur… La soif…
Il regarde les ténèbres alentour. L’obscurité l’épouvanterait s’il ne savait où il
se situe. Recroquevillé sur le calcaire humide, il inspire l’air tonique, revigorant,
qui emplit ses poumons et ranime ses entrailles. Volupté d’exister… Comme c’est bon,
une renaissance ! Meilleur qu’une naissance…Leur tâche achevée, les frissons se dissipent : l’homme a pris conscience de son corps.
Renonçant à la position fœtale, il se tourne avec précaution sur le dos et, minutieusement,
se concentre sur diverses parties de son anatomie. Guidés par sa volonté, ses bras
se hissent au-dessus de son visage, ses doigts se plient, leurs cartilages craquent,
ses mains descendent, caressent sa poitrine, parcourent son ventre, effleurent la
toison qui le termine, frôlent le sexe tiède. Il ordonne à ses chevilles de s’assouplir,
lève les pieds, les incline à droite, à gauche, exécute des cercles puis remonte les
cuisses contre son torse. Tout obéit à merveille. Souffre-t-il d’une séquelle, d’une
gêne quelconque ? Sa palpation scrupuleuse lui confirme qu’il ne porte pas même une
cicatrice. Son organisme de vingt-cinq ans lui est rendu intact.

– Noam…
Son nom vibre dans la cavité opaque. Ouf ! Sa voix fonctionne aussi.
Il se renfrogne. Les syllabes qui ont rebondi de mur en mur perturbent l’atmosphère ;
avec un mot, un seul, les hommes, les clans, les peuples, les nations, l’Histoire
ont fait irruption, menaces lourdes et opprimantes, si éloignées du bonheur animal
qu’il goûtait auparavant. Noam. Son prénom l’accable. Noam. S’il s’appelle, ni une
mère ni un père ne chuchotent ces sons. Noam. Solitude. Extrême solitude. Sur ce point,
une renaissance vaut moins qu’une naissance…

Où se cache la porte ? Ses paumes explorent la paroi, laquelle expose des fentes,
des replis, des coudes, pas d’orifice. Quoi ? L’explosion qui a eu lieu ici a-t-elle
provoqué un effondrement, colmaté l’issue ? Il s’acharne. En vain. Est-il coincé sous
des blocs ? Son cœur s’accélère, sa bouche halète, ses avant-bras transpirent.

Calme-toi. Recommence avec méthode.

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