NOUVEL ÉLOGE DE LA FOLIE


Sous la poussée de ce que les Anciens appelaient la Muse et que, timidement, nous qualifions d’inspiration, quelque chose choisit et combine, découpe, coud et raccommode un manteau de mots dont vêtir ce qui remue dans nos profondeurs, ineffable et immatériel – une ombre venue d’ailleurs.
Parfois, pour des raisons qui ne sont jamais éclaircies, tout s’accorde : la forme est juste, le point de vue est juste, le ton et la coloration sont justes et, en l’espace d’une ligne ou d’un paragraphe, l’ombre apparaît tout entière, dans tout son terrible mystère, non pas traduite en autre chose, non pas au service d’une idée ou d’une émotion, pas même en tant qu’élément d’une histoire ou d’un essai, mais à la manière d’une
véritable épiphanie : une écriture qui est, selon l’antique métaphore, l’exact équivalent du monde.