CAMILLE CLAUDEL, L’HISTOIRE DE SES TOURMENTS


DESTIN INFERNAL ET TOURMENTÉ

« Tout ce qui m’est arrivé est plus qu’un roman c’est une épopée, l’Iliade et l’Odyssée et il faudrait un Homère pour la raconter. Je ne l’entreprendrai pas aujourd’hui et je ne veux pas vous attrister. Je suis dans un gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar. » Camille Claudel aura traversé les trente dernières années de sa vie en exil, miséreuse et affaiblie, sombrant lentement dans un délire infernal, internée loin de tout et de tout le monde, aux temps des férocités de la psychiatrie. Si ses mains n’ont pu produire durant ces décennies d’enfermement et jusqu’à sa mort en 1943, la sculpture fut pour elle la bouffée d’oxygène, l’aspiration et l’ivresse de toute sa vie. Son destin tourmenté masque bien trop souvent la valeur artistique de son œuvre et son génie n’est bien que trop rarement reconnu. Chassée dans l’ombre imposante d’Auguste Rodin, qui fut à la fois son maitre et son amant et à qui elle aura quasiment dédiée tous les desseins de sa vie, Camille Claudel est pourtant l’une des artistes les plus influentes de son époque.

L’ÂGE MÛR, CHEF D’ŒUVRE DE CLAUDEL

L’abandon, le Buste de Rodin, les Causeuses, Pensée… nombreuses sont les sculptures qui caractérisent le travail de Claudel. L’Âge mûr (aussi appelée La Destinée, le Chemin de la vie ou La Fatalité) correspond à un moment charnière de la carrière de Camille Claudel : elle est alors dans la parfaite maîtrise de ses moyens artistiques, et connaît un balbutiement de reconnaissance officielle, qui toutefois n’aura jamais l’étendue que l’artiste est en droit d’espérer. La sculpture représente un groupe de trois personnes, deux femmes et un homme. Le groupe évoque clairement l’hésitation d’Auguste Rodin entre son ancienne maîtresse Rose Beuret, qui devait l’emporter, et Camille qui le retient par le bras. Au-delà d’une œuvre qui rappelle son histoire personnelle, Camille y donne une dimension symbolique qui entraîne une méditation sur les rapports humains. Elle s’y incarne sous les traits d’un personnage qu’elle nomme l’Implorante, marquant ainsi le tragique attaché à sa destinée. L’homme à la fin de sa maturité est irrémédiablement entraîné par l’âge tandis qu’il tend une main vaine vers la jeunesse. Les figures nues sont entourées de draperies volantes qui accentuent la rapidité de la marche. Paul Claudel en traitait ainsi : « Ma sœur Camille, Implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, et savez-vous ce qui s’arrache à elle, en ce moment même, sous vos yeux, c’est son âme ». Avec l’Âge mûr, Camille Claudel prend son envol et son autonomie en tant qu’artiste. Elle développe ses propres explorations plastiques, s’éloignant des préceptes de Rodin, avant de chuter peu à peu dans la folie…

L’implorante-Camille Claudel