Un souffle de vie


Je tente de rester isolée contre l’agonie de vivre des autres, et cette agonie qui leur semble un jeu de vie et de mort masque une autre réalité, si extraordinaire cette vérité que les autres en seraient stupéfaits, comme face à un scandale. |…..]. La vie avec une majuscule ne peut rien me donner parce que je dois avouer que moi aussi je suis sans doute entrée dans une impasse, comme les autres. Car je note en moi, non pas un ensemble de faits, mais tente presque tragiquement d’être. C’est une question de survie, tout comme la nécessité de manger de la chair humaine quand il n’y a pas d’autre aliment. […..] Mais je lutte avec une extrême anxiété pour un renouveau de l’esprit. Chaque fois que je me sens un tant soit peu illuminée, je vois que j’arrive à un renouveau de l’esprit.
Ma vie est un reflet déformé de la même façon que se déforme à la surface d’un lac ondulant et instable le reflet d’un visage. Imprécision tremblante. Comme ce qui se passe avec l’eau quand on y plonge la main. Je suis un très pâle reflet d’érudition. Ma réceptivité s’affine en enregistrant sans cesse les conceptions d’autres gens, reflétant dans un miroir les nuances subtiles des distinctions entre les choses de la vie. Moi qui suis un résultat du véritable miracle des instincts. Je suis un terrain marécageux. En moi naît une mousse humide qui couvre des pierres glissantes. Un marais avec ses miasmes suffocants, intolérablement doux. Un marais bouillonnant