La singularité est subversive.


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L’homme est partie prenante d’un monde qu’il ne maîtrisera jamais, comme il est maître d’un corps qui lui échappera toujours. Et d’une âme insaisissable.

Penser le coupe de soi-même afin qu’il puisse se penser dans la coupure ; car qu’est-ce que penser sinon trancher des nœuds, les défaire, comme on se défait d’un lien de trop, telle la seconde se détournant, tout d’un coup, de l’éternité. La connaissance est au prix de cette spoliation.

Rassembler ses forces vives ? Toute création est vaine conquête des cimes. Les sommets les plus élevés sont en nous.

Errer, notre dernière chance ? Sans doute, pour qui n’ignore point que notre prestigieux appui, le Savoir, fierté et gloire de l’homme, est aussi dérisoire qu’un fétu de paille dans la tempête.

La pensée est tournée vers le futur ; mais si ce futur était, comme le passé le fut, une anticipation hardie de nous-mêmes ? Oui, si nous n’étions, en définitive, que les créatures de ce futur qui nous tient en haleine et nous pousse, aveuglément, vers lui et, par la faute ou la vertu duquel nous ne saurons jamais qui nous sommes ?

                              « Comme il t’a fait et défait, fais et défais, à ton tour, le monde,                                          écrivait un sage.

                             « L’inconnu nous soulève, l’inconnu nous broie, l’inconnu nous                                          façonne.

                             « Pense. Attache-toi à ta pensée comme à une femme de laquelle tu                                   serais follement épris.

                          « Il n’y a pas de pensées sans désir. »

 

UN ÉTRANGER AVEC, SOUS LE BRAS, UN LIVRE DE PETIT FORMAT