Désirs


guillevic1

 

Monter les degrés

De l’échelle absente,

Cela en vaut la peine.

*
Dès l’origine

Dans le chaos

Le désir de gloire.

*
Calme

Sur cette multitude

De mouvements

Dans les atomes
Et calme

Quant au désir de calme.

*
On dirait

Que tout à coup la terre

Ne tourne plus sur elle-même.
Elle a changé de fonction.

*
Peut-être

Sommes-nous tous

Et ce qui nous entoure
Les éléments d’un œuf

Qui va éclore un jour.

*
Silence :
Grouillement

De mélodies, de symphonies
Qui ne se gênent pas,

Ne cherchent pas

À se chevaucher.

*
Comme si l’on était

Au bord du temps
Alors que c’est lui

Qui nous entraîne.

*
Quand la lumière

Pour la première fois

Rencontra l’opaque.

*
Qu’est-ce qui ne crie pas

Dans le réseau

De tout ce qui se tait ?

*

Toucher, c’est déjà

S’ouvrir un passage
Vers d’autres ouvertures

À trouver.

*
Une victoire,

Ce serait :
Regarder

Vieillir le temps.

*
Aujourd’hui,

Tu sens la terre
Comme une goutte

Solidifiée plus ou moins
Et qui tremble en tombant

Au long de l’éternité.

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Il y a plus de soixante-dix ans que je pratique Rimbaud. Je l’ai découvert avec « Sensation ». Et c’est ce mot qui reste et restera toujours en moi pour lui. Je fus impressionné, ému, saisi. Dans cette poésie tout me parut si exactement simple, adéquat, et si prégnante en était l’expression.

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, 
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue (…)

Depuis ce temps, je sais « Le Bateau ivre ». Pour ces mots-là, ma mémoire d’aujourd’hui m’est encore fidèle. Voilà mon premier Rimbaud. Celui qui ne m’a jamais quitté, m’a aidé à me sentir vivre, à renforcer mes possibilités dans l’usage de l’écriture comme moyen d’accroître ma relation avec la vie réelle car, finalement, il ne s’agit pas tant de « changer la vie » que d’en avoir sa révélation et de se comporter en conséquence, en changeant sa vie. Qui, avant Rimbaud, avait osé écrire : « J’ai embrassé l’aube d’été » ? Tout un nouvel espace poétique s’est ouvert là avec des voies à explorer, par le langage, tant dans les zones profondes et obscures de notre être que dans notre vie avec le monde. Avec aussi la certitude que c’est en travaillant d’abord sur soi que l’on parviendra à donner aux mots une plus grande possibilité d’emprise sur le réel.

GUILLEVIC 
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