Plus qu’une idée


Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans
cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi
la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change
son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de
fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube.
Pourquoi ? Parce que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs,
sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de
l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer
délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher
le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il
n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par
moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme
des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que
tu dois imaginer.J’imagine une tempête de sable telle qu’il la décrit. Une trombe de sable blanc s’élève droit vers le ciel, pareille à un épais cordage. Je ferme les yeux et
me bouche les oreilles des deux mains. Afin que ce sable fin ne pénètre pas à

l’intérieur de mon corps. La colonne se rapproche, se dirige droit sur moi. Je
sens la pression du vent sur ma peau. La tempête s’apprête à m’avaler
.

Kafka sur le rivage- Haruki Murakami