Vers la complétude


Sans titre (Paysage tropical), 1937-38. Exposée à la Whitechapel Gallery, Londres, 1999

je ne lutte plus je m’amalgame

L’infini est une région 
S’y diriger

Cela en quoi le mal se manifeste 
Cela en quoi le bien se manifeste…

D’un coup

un voile fait des milliers de voiles

de l’opacité,

de l’opposition des créatures

est écarté

Bivouac en plein ciel

Plus de demain 
Plus de missions

Je n’ai pas d’origine 
Je ne me rappelle plus mes épaules 
Où donc le dispositif pour vouloir ?

Rien

Seulement 
Rien

« 
Rien » s’élève du naufrage

Plus grand qu’un temple plus pur qu’un dieu

« 
Rien » suffit

frappant le reste d’insignifiance

d’une inouïe, invraisemblable

pacifiante insignifiance

Bénédiction par le « 
Rien »

pour l’éternité

Rien

réjouissant le cœur distribué à tous

Par-dessus

effaçant tout

Unité

Totalement

Tous les êtres

le règne de l’existence commun à tous

Magnifique !

La grande flaque de l’intelligence

étendue sur le monde

inerte

apaisée

sans compétition

sans griffes

sans ambition

embrassant embrassé

Perdus les outils retrouvée la semence

Le comble le comble m’appelle seulement le comble

Universels bras qui tiennent tout enlacé

Univers donné donné par dépouillement

Ablation 
Oblation

Instruit invisiblement

Un lieu est donné quand tous les lieux sont retirés

A personne

pour nulle chose

on ne pourrait plus porter envie

Tourbillons endormis le joyau reste

Saisie, dessaisies

Envahissante

Bousculante

félicité qui veut toute la place

élémentaire

éliminatrice

Fini le parcours des prétextes 
La flèche part dès qu’il y a oubli

Le privilège de vivre

inouï dilaté

vacant suspendu dans le temps

L’Arbre de la 
Science

Omniscience en toutes les consciences percevant le perpétuel…

Henri Michaux,