LA COULEUR DU POÈME


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La couleur du poème dépend de la quantité de lumière

Qui se réverbère en son encre.

Elle change au gré de l’heure, de l’âge et de la langue.

Incolore au commencement, quand il n’est encore qu’une aspiration vague.

D’un blanc de page vide, il tend vers le gris en rêvant son encre prochaine.

Aube indécise sur le papier. Tels brouillards ou fumées qui montent.

C’est pourtant vers le bleu qu’il s’enlève le plus souvent,

Accroissant son ciel et son eau, entrouvrant sur la page une vague idée d’azur.

Noir, si rien ne le tire hors de soi, prisonnier qu’il demeure des signes.

Rouge, quand il accélère, s’enfièvre, circule et bat.

Or d’étincelle ici et là en son ballet de feuilles mortes.

Vert en mai devant l’arbre, blanc de décembre sous la neige,

Mais d’une couleur indistincte quand s’y penche un visage aimé.

 Jean-Michel Maulpoix

Portraits d’un éphémère


De la mer, il aime le ressac… » : Jean-Michel Maulpoix

Je suis un éphémère et point trop mécontent citoyen d’une métropole crue moderne (…). La morale et la langue sont réduites à leur plus simple expression, enfin !
Arthur Rimbaud, “Ville
”.

Il y a dans son cœur des sortes de lézardes.
Elles ne saignent pas. Elles abritent des végétations singulières : de maigres agrégats de mots, des images ou des phrases, souvenirs demeurés vivaces de leçons autrefois récitées, de paroles entendues, ou de poèmes griffonnés à la hâte sur des pages arrachées.
Ses yeux prennent la couleur du ciel, de l’eau, de la terre ou de la nuit, comme deux billes de verre transparentes où
se reflètent les paysages et les passants. Ses deux pieds ne tiennent pas au sol ; son corps demeure suspendu à des phrases. Les mots décident de ce qu’il voit, de ce qu’il aime. Il tire à lui les draps de la mer, des paquets de feuilles, et les couvertures de tous les livres, puis s’en va dormir, d’un blanc sommeil de chrysalide, enveloppé de poussière et de papier, le monde entier sur les épaules.

Jean-Michel Maulpoix -Portraits d’un éphémère