La poésie de Jean Orizet Anthologie thématique


Le poète, affirme François de Malherbe, est un « excellent arrangeur de syllabes ». On peut partager cette opinion. On peut aussi l’enrichir en ajoutant que l’excellent arrangeur de syllabes doit offrir au lecteur davantage qu’un travail bien fait. Le devoir du poète n’est-il pas de construire des tremplins, des envols vers d’insoupçonnés cosmos, des éthers où, selon Baudelaire, l’esprit « se [meut] avec agilité », et « comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde […], [sillonne] gaiement l’immensité profonde, avec une indicible et mâle volupté » ?

 

Tout poète, pour tenir cette gageure, doit d’abord se construire un atelier personnel, secret, intime, un lieu inviolable où seront disponibles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sous quelque latitude que ce soit, les outils qu’il se sera confectionnés pour négocier avec le mystère du monde quelque joyau de l’invisible, de l’indicible : le poème.

D’emblée, ce visiteur, qui n’est autre que son lecteur, se sent accueilli, admis près de l’établi, la table où l’œuvre s’élabore. Point de lime pour ajuster la rime, point de rabot pour amputer le vers qui dépasse sa propre frontière, point de souci d’école ancienne, de tons modernes aux poses faraudes, rien qui intimide ou effarouche…
 
Le poète ne masque rien de son jeu avec les mots, il ne procède jamais à de savants encodages où le sens ramifie son courant et produit mille sources de gloses où se dissout la poésie. Son seul souci, c’est elle, la poésie, immédiate, immanente, toujours présente, toujours et partout, dans l’instant qui dit l’infini, dans le miroir des eaux, les villes en mer ou les îles, le temps et l’entretemps, l’outre-vie, toujours soucieuse de l’Ami…

Jean Orizet


LE POEME IMPROMPTU : LE CORPS EXISTE C’EST UNE PENSÉE