L’esprit de la parole


Les grandes clartés se découvrent à celui qui a gardé ses yeux d’avant le savoir, il démêle les événements avec la pointe de ses regards au fond desquels se creuse la nuit qui n’a jamais commencé. Cette immensité toujours renaissante le hante, et elle l’empêcherait de se reconnaître lui-même si son enfance n’y demeurait pas ensablée. A travers les chansons ou les appels, ou les murmures de l’agonie, il entend seulement des voix et n’était que pour les entendre, parce qu’un homme ne meurt pas de ce qui le tue en effigie.
Que chacun ouvre un peu plus les yeux, le dedans de son regard deviendra plus profondément le secret de son cœur noir et le don, depuis la plus ténébreuse retraite, de la couleur et du silence, et des blés et des eaux à la tendre exubérance du jour…
La réalité est-elle à humaniser ? Le poète tente la vie, il la séduit. Le monde entier renaît plus jeune et plus fort d’un événement où un homme s’est enfoncé sans regarder derrière lui.
Ce qu’il avait cru voir est devenu la patrie de son esprit : c’est en elle qu’il a rouvert ses yeux d’avant le savoir, d’avant la raison, ce regard venu de son enfance et qui l’empêche d’entrer dans un homme. Il a dans cette vue enclos son regard de limites prises à son cœur. Dans cette illusion il a lentement conçu son amour des autres hommes; le monde renaît plus jeune du mensonge où un homme a émancipé son cruel amour de tout ce qui respire.
Prendre dans son cœur la source des pensées qui illumineront la vie; des souhaits qui la ranimeront depuis la grâce qu’elle est, et qui, longtemps, n’y avait existé qu’évan
ouie.

Joë Bosquet

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