Ivresse


Faust, retourne à ton chenil plein de pailles et de miettes de gâteau. Et pourtant, ce soir, tu te sens royal et voudrais arrêter la nuit que tu proclames ton esclave. En vérité, tu la pares: l’ivresse chante; la tête chavire; le front frémit et s’amuse, et tes bras soulèvent des sirènes et des dieux. L’ivresse gagne et tu marches dans une rumeur de sons, de parfums et de mots d’amour étouffés. Qui dira la fantaisie, la somptuosité des fêtes construites et défaites en songe ! Tu es le roi d’un palais qui s’écroule, le créateur d’une forme qui ne parvient pas à naître, d’une nymphe qui, se concentrant sur elle-même, se réduit, à la tombée des étoiles, à une ligne abstraite et méprisable.
Tu crées des bijoux qui se résolvent comme les buées flottantes sur l’horizon, dérobant le réalisme de l’univers. Des coupes circulent sous tes lèvres un instant radieuses et tu
détournes la tête, déjà lassé. Un décor où volettent des désirs cependant qu’un orchestre intérieur de voix fines et plaintives t’obsède. Tu es ivre de toi-même, des êtres et des formes qui dansent, et cependant tu te maîtrises. J’entends une voix — c’est la tienne! — qui laisse échapper des mots sans suite :
«Je suis descendu au fond des géhennes de la souffrance. Et j’assiste, ivre et lucide, à une sorte de mort de moi-même.»
Pleurant,

Marcel Dugas

L,homme dans le champ de carnage


Le goût desmots, la passion des formes harmonieuses, la libre course des idées, voilà notre aventure. Elle peut souffrir la critique, elle la souhaite même parce que chaque chose, pour renaître, durer ou
s,épanouir, doit être remise en question. L’avenir est dans la recherche, l’examen, les tentatives audacieuses, la négation d,hier