Sordidissimes


Les hommes ont un cœur de pierre.

Malheureux comme les pierres.

Muets comme les pierres. 
Les pierres ne sont ni historiales ni historiques.
Galets et cailloux travaillés par le fleuve du temps.
Gravats d’une autre rive.
Petites pierres sans forme définitive.
Le vent les érode. Le courant les roule.
Petites formes sans plus aucune aspérité et dont les veines étranges luisent sans cesse davantage.
Petits signes complètement ininterprétables.
La taille de la falaise autant que le sable en menacent les restes de dessins.
Les hommes ni les guerres ni le langage ni l’oubli ne taillent ni ne polissent les pierres comme le temps lui-même.
L’homme aima le temps en ramassant les pierres.



Un nom au bout de la langue


C’était un nom non pas au bout de ma langue mais au bout de mon corps et le silence de mon corps était seul capable d’en rendre présente, en acte, la chaleur. Je n’écris pas par désir, par habitude, par volonté, par métier. J’ai écrit pour survivre. J’ai écrit parce que c’était la seule façon de parler en se taisant. Parler mutique, parler muet, guetter le mot qui manque, lire, écrire, c’est le même. Parce que la dépossession fut le havre..