LES JARDINS DE L’ARTHROSE


AVT_Serge-Wellens_9326

Van Gogh a peint ce soleil qui répand

son soufre sur les jardins de l’arthrose

.

Comment en verrions-nous la lumière aveuglante

.

Mais nous savons que c’est ici

à des fractures mal scellées

à des divorces de jointures

à de froides incandescences

.

Il m’arrive l’image noire

de buissons retournant contre eux-mêmes

leurs épines

.

greffes de la folie

.

Les oiseaux ne se posent pas

ils s’accrochent

à quelque défaut de paroi

à quelque frottement

de branches contrefaites

ils ne jouent de la flûte ni du violon

mais du bec

             cela fait

un bruit d’horloge

inconsolable

.

Il m’arrive la rumeur

de racines forant

la calamine et le cambouis

comme des doigts de sculpteur fou

d’équarisseur

.

et le feu prend figure

d’un geste qui délie des gerbes de vipère

d’un mouvement qui fait

jaillir des roses de scorpions

.

sommeil cardé par

de rugueuses vertèbres

survol vertical

de lignes à haute tension

.

une épeire y dessine

sans fin mon labyrinthe

.

Cependant

il m’arrive

d’apercevoir l’estuaire

au-dessus des jardins

.

Ce peut être du gris en son épuisement

lavé au bleu de la Genèse

et peut être un corbeau

désemparé plongeant

dans le touffu d’un vol de mouettes

.

c’est l’estuaire

.

l’estuaire

.

au-delà se tient

l’au-delà de tout

.

Je n’habiterai pas toujours l’hiver du temps

à l’insu de ce corps mal devenu

les eaux profondes

élèvent leur lumière de psaume

jusqu’au-dessus des cieux

.

Gloire sans épaisseur

ô souveraine apesanteur de la grâce

.

Je suis en ces jardins

et je suis ces jardins

.

Je m’éloigne

j’avance .