L’été de nuit


Il me semble, ce soir,

Que le ciel étoilé, s’élargissant,

Se rapproche de nous ; et que la nuit,

Derrière tant de feux, est moins obscure.

Et le feuillage aussi brille sous le feuillage. 

Le vert, et l’orangé des fruits mûrs, s’est accru, 

Lampe d’un ange proche ; un battement 

De lumière cachée prend l’arbre universel.

Il me semble, ce soir.

Que nous sommes entrés dans le jardin, dont l’ange

A refermé les portes sans retour.

mouvement

Nous était apparu la faute, et nous allions 

Dans l’immobilité comme sous le navire 

Bouge et ne bouge pas le feuillage des morts.

Je te disais ma figure de proue

Heureuse, indifférente, qui conduit,

Les yeux à demi clos, le navire de vivre

Et rêve comme il rêve, étant sa paix profonde.

Et s’arque sur l’étrave où bat l’antique amour.

Souriante, première, délavée,

A jamais le reflet d’une étoile immobile

Dans le geste mortel.

Aimée, dans le feuillage de la mer.
Terre comme gréée,

Vois,

C’est ta ligure de proue.

Tachée de rouge.

L’étoile, l’eau, le sommeil 

Ont usé cette épaule nue 

Qui a frémi puis se penche 

A l’Orient où glace le cœur.

L’huile méditante a régné 

Sur son corps aux ombres qui bougent, 

Et pourtant elle ploie sa nuque 

Comme on pèse l’âme des morts